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Le temps de vivre

Carmen LaRoche
née pour communiquer

Carmen LaRoche est une octogénaire engagée qui maintient un horaire très chargé. Chant, chorale, comité de résidents, animation radiophonique, cette bibliothécaire à la retraite n’a pas le temps de s’ennuyer. Tout au long de sa vie, que ce soit à titre de mère de famille, d’enseignante, de bibliothécaire ou de bénévole, elle a regardé l’horizon, développé des projets d’avenir et a su les concrétiser. Selon Carmen, c’est un réflexe qui a commencé très jeune.

Chapitre Un

Une jeunesse avant-gardiste

CARMEN LAROCHE (CL) : J’ai commencé à travailler très jeune, ce qui est assez hors de l’ordinaire pour mon âge là. Je dois dire que j’avais 15 ans. C’était les vacances de Noël et puis je suis allée à la poste. La personne qui était la responsable du service de téléphone à Ste-Agathe, eh bien elle cherchait quelqu’un pour travailler quelques heures semaine et puis elle m’a offert un travail puis j’avais 15 ans.

ML : Ok.

CL : Et puis j’ai fait ça jusqu’après mon école normale puis ça m’a permis de ramasser tout ce que j’avais besoin pour aller à l’école normale.

ML : Aujourd’hui c’est normal mais ce l’était pas dans ce temps-là.

CL : Oui. Non parce que quand je suis arrivée à l’école après les vacances puis que j’ai annoncé ça à mon enseignante, mais elle a dit : « Bien tu vas abandonner tes études? » Et puis bien je dis : « Au contraire. » Comme, moi je savais ce que j’allais faire. Je m’en allais à l’école normale alors il était pas question d’abandonner les études. Puis une autre branche dans laquelle je me suis lancée plus tard dans la vie ça commencé aussi quand j’étais au secondaire parce qu’on avait une bibliothèque avec des vieux livres alors on avait appris à les réparer avec de la colle puis… et moi j’adorais ça faire ça. Puis mon rêve était de travailler dans une bibliothèque alors je dois dire que ma vie a commencé vraiment à ce moment-là.

ML : C’est comme si tu avais une vision de la vie que tu voulais vivre.

CARMEN LAROCHE : Oui. Oui.

ML : Avais-tu espoir à ce temps-là que ça se réaliserait par contre ou c’était tout simplement une idée ?

CL : Ah bien pour la bibliothèque, ça j’étais pas certaine là parce que je savais qu’il fallait avoir un Bac et puis bien j’enlignais pas pour un Bac parce que j’avais pas l’argent pour le faire. C’est venu éventuellement.

ML : Pour situer les gens à l’écoute, on parle de quelles années environ?

CL : On parle des années ‘50 là.

ML : Uh hum.

CL : Oui et puis j’ai enseigné deux ans à St-Laurent. C’est pendant ces années-là que j’ai rencontré Pierre. Et puis je dois dire une autre chose qui est assez différente de ce que je vois depuis des années : avant de se marier on a parlé beaucoup de qu’est-ce qui était nos plans. Qu’est-ce qu’on voulait faire? On voulait avoir une famille. Là-dessus on a été vraiment choyé. On a eu une grande famille, sept, et puis je pense que c’est ça qui est le mot, « communication » et le thème de ma vie puis ça m’a amené envers tout ce que j’ai fait.

ML : Oui. Des couples dans les années ’50 c’était pas la communication ouverte et où les deux membres du couple étaient souvent sur le même pied d’égalité. C’était pas tout le temps le cas, ça?

CL : Non. Non. Pas du tout. Moi j’ai des copines qui ont même pas appris à conduire. Mais tu sais moi je me suis faite lancer : « Bien écoute prend le camion puis va à St-Pierre. » tu sais, puis j’ai été prendre mon permis de conduire tout simplement.

ML : Puis est-ce que c’est plutôt… c’est venu de ta famille, de tes parents ou c’est venu tout naturellement chez toi, tu penses?

CL : Bien chez nous mes parents parlaient pas beaucoup, surtout mon père, parlait pas beaucoup mais quand il parlait, c’était… on écoutait parce que c’était vraiment important qu’est-ce qu’il disait, tu sais. Puis je le sais que la fois que je suis arrivée à la maison à 15 ans puis j’ai dit que j’avais un travail, il dit : « Ah. Tu finis tes études avant. » J’ai dit : « Les deux vont aller ensemble. » Il m’a regardé puis ok. Il a vu que j’étais sérieuse alors…

ML : Et tu devais avoir déjà démontré un certain sérieux. Comme, on sent chez toi Carmen que tu n’entreprends pas les choses à la légère. Tu es une faiseuse. Je m’imagine que tu étais comme ça depuis que tu es toute petite.

CL : J’ai toujours été comme ça. C’est ça qu’on me dit même quand j’étais petite fille, j’étais comme ça alors… Bien je dois te dire que j’ai des très bons souvenirs de mes deux grand-mères. J’étais toute petite mais j’étais très proche d’elles à cause des circonstances, parce qu’on vivait au village. Moi j’ai grandi au village de Saint-Agathe. La ferme, c’est venu plus tard dans ma vie. Mes grand-mères étaient des personnes très spéciales pour moi et puis j’avais une tante célibataire, puis les sœurs de maman, c’était tout un clan, là, tu sais. Puis moi, j’ai grandi là-dedans puis des cousines et puis, bien c’est comme ça, je pense, que j’ai appris à communiquer.

ML : Ouais.

CL : Parce que ma mère avait travaillé avant de se marier – à l’extérieur. Ça aussi c’était assez avant-gardiste là pour le temps et puis la couture c’était un grand talent dans ma famille. Et puis les filles on a appris à coudre et on a pu se débrouiller quand on a été marié puis qu’on avait une famille mais c’était très pratique.

ML : Absolument.

CL : Puis je vais te dire, ils vont peut-être pas… peut-être mes fils seront pas fiers là, mais ils savent coudre à la machine puis ils sont capables de réparer une paire de jeans s’il le faut. Je leur ai montré comment se débrouiller dans la vie quand ils étaient à la maison parce qu’on était beaucoup de monde puis chacun avait ses tâches.

ML : Bien c’est formidable! C’est un cadeau que tu leur as fait comme ça.

CL : Bien moi je vois ça comme ça parce que ce que moi j’ai reçu de la génération avant moi de ma mère et toute sa famille et la mère de mon père aussi… parce que j’avais une tante qui était très spéciale puis, elle, elle était une communicatrice. Je pense c’était elle la plus grande communicatrice de tout mon entourage.

ML : Oui. Puis qu’est-ce qui faisait d’elle une bonne communicatrice?

CL : Elle disait les choses comme elles étaient puis dans ce temps-là, c’était pas évident.

ML : Ah!

CL : C’était pas évident.

ML : Alors courage, ouverture d’esprit puis… oser finalement… c’était l’audace, j’imagine.

CL : Bien oui parce que… bien, dans tout, je me suis toujours sentie un peu, bien… pas différente, mais que j’avais des idées qui allaient des fois à l’encontre du groupe là.

ML : Oui. Oui.

CL : Et puis bien j’ai été encouragée naturellement dans ma vie à être comme ça.

ML : Mais est-ce que ça fait des fois… étais-tu perçue comme rebelle un peu?

CL : Je pense pas, non. Je pense pas, mais bien cette idée comment on va élever nos enfants, quelles valeurs on va leur donner puis tout ça, ça avait tout été discuté avant de se marier alors ça se passait assez bien les choses tu sais. Ça se passait bien.

ML : Uh hum. Et finalement vous avez réussi à élaborer le plan puis à le mettre en œuvre?

CL : Bien oui. Bien oui puis je pense qu’on a réussi assez bien quand même.

Chapitre Deux

Famille, ferme et francophonie

Notre invitée Carmen LaRoche est une femme d’action qui, très jeune, a réalisé son rêve de devenir enseignante, une carrière qu’elle a bien aimée. Alors une fois marié, comment a-t-elle réussi à jongler vie familiale et travail? Carmen raconte.

CL : Oh tu vois c’est un sujet très… parce que quand tu te mariais c’était fini ta carrière. On voulait plus t’avoir parce que t’allais peut-être tomber enceinte, probablement tomber enceinte alors on voulait pas te voir mais quand on était mal pris, on venait te chercher, par exemple. Puis ça, ça arrivait souvent en campagne… puis je rentrerai pas dans mes expériences parce qu’il a eu du négatif alors je vais pas là.

ML : D’accord.

CL : Mais j’ai eu des très belles expériences aussi avec les enfants.

ML : Hum. Ouais.

CL : C’était bien puis c’était une belle expérience. Mais je suis tombée enceinte puis bien naturellement, l’expérience elle a coupé, elle a coupé court. Mais j’ai toujours gardé une communication avec, tu sais… remplaçante à l’école ou pris un contrat pour une année ou quelque chose comme ça.

ML : Puis avec le mariage est venue la vie sur la ferme.

CL : Oui, c’est ça. Plus tard, parce que ça c’était un rêve que les deux on partageait et puis on a réussi en 1970. Puis on s’est installé sur une ferme où c’était pas un cadeau mais on en a fait un succès. Mais j’ai toujours été très bien supportée par mon compagnon de vie. Ça je dois dire ça. Puis, bien je pense que ça fait une grosse différence.

ML : C’était quand même un partenariat que vous aviez?

CL : Oui. Exactement. Exactement.

ML : Comment expliquer ça?

CL : Ah bien je pense que… Bien Pierre il était avant-gardiste évidemment. Il était un communicateur. Ce que beaucoup de monde ne savent peut-être pas c’est qu’il savait très bien écouter alors un échange d’idées entre les deux c’était… Même quand on était à la retraite ici, on s’assoyait sur notre balcon puis on jasait de tout pendant des heures de temps des fois. Il faisait… la lune était en train de descendre puis on était encore assis dehors… en été évidemment.

ML : Aye! Mais ça c’est un cadeau de penser qu’à la fin de la vie comme ça… qu’on ait encore des choses à se dire dans un couple.

CL : Ah oui. Ah oui. Bien premièrement, on revit des bons moments puis ensuite on anticipe d’autres bons moments puis on règle tous les problèmes de la terre (rires), alors il y a toujours quelque chose à dire.

ML : Alors si on suit un peu la chronologie, vous êtes sur la ferme maintenant. La famille LaRoche grandit et on découvre leurs talents. Les enfants sont chanteurs, sont musiciens. Quelle place est-ce que ç’a occupée dans votre vie familiale?

CL : À un moment, ç’a occupé une très grande place. Bien c’est curieux comment ça commencé. Il y avait un vieil oncle qui fêtait un anniversaire je ne sais pas et puis les cousins qui organisaient ça nous ont téléphoné puis ont dit : « On aimerait que vous veniez chanter. » On avait… on le faisait ensemble mais on avait jamais fait en public. Ça s’est fait tout bonnement puis les enfants ont vraiment embarqué là-dedans. Ils trouvaient ça le fun. Puis déjà, bien, ils prenaient des cours de piano puis on a participé à Mélomanie quand ça existait. C’était une fin de semaine organisée par ce qui est Alliance Chorale aujourd’hui. Alors on arrivait de la campagne avec notre voiture pleine d’enfants et puis on s’installait dans le vieux Centre culturel dans la vieille partie de l’Académie St-Joseph. Bien c’était le gros party pour les enfants le vendredi soir là. Je trouve que c’était tellement merveilleux pour les enfants. Ils avaient la chance de se faire des nouveaux amis, des nouvelles connaissances.

ML : Uh hum et ils chantaient.

CL : Puis ils chantaient. Puis toute la fin de semaine il y avait des ateliers. Il y avait Marcien Ferland. Il y avait Guy Boulianne. Il y avait Sœur Agathe qui était une merveilleuse enseignante de musique puis elle avait le tour avec les gars là. Puis pendant ce temps-là… bien tu vois ça c’est parce que Pierre nous encourageait de le faire. Moi je venais avec les enfants. Des fois il venait le dimanche soir pour le concert dépendant de l’âge des deux plus jeunes… parce qu’il en avait deux qui étaient plus jeunes puis il y en avait cinq qui se suivaient hein?

ML : Bien oui.

CL : Alors ça ç’a été un enrichissement. Puis ce qui est arrivé éventuellement c’est qu’on a fait une tournée hein et ça là ça été toute une expérience vraiment enrichissante. Il y avait des bouts qui étaient un peu pénibles parce que c’était en hiver puis on a frappé des tempêtes de neige. Ça c’était pas si drôle mais à mesure que le temps passait, on s’habituait à cette vie-là. C’est pas évident être sept personnes dans une voiture.

ML : Puis vous avez fait combien de spectacles dans le cadre de cette tournée-là à peu près ou le…?

CL : Ah! J’oublie là. Il me semble que c’était une trentaine.

ML : Ayoye.

CL : C’était beaucoup. La première place où on est allés… imagine, c’était Chapleau en Ontario et c’est ça. On a fait l’Ontario, ensuite on est allés au Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve puis on est revenu à Québec l’avant… bien vers la dernière semaine de mars. On s’est installés dans le vieux Québec. Ma sœur qui demeure au Québec est venue nous rejoindre avec sa famille et puis on a passé quatre jours à visiter la vieille ville. Ça c’était merveilleux.

ML : Bien quels beaux souvenirs de famille!

CL : Puis ensuite on s’en va au Lac St-Jean puis on arrive là puis on est accueilli bien à bras ouverts. Il y a eu un party. Il y avait comme une centaine de personnes alors c’est des… c’est des beaux souvenirs, surtout pour les enfants.

ML : Ils avaient quel âge à peu près au moment de cette tournée-là?

CL : Stéphane avait huit ans. Pierrette avait 18 ou 19 là quelque chose comme ça là.

ML : Puis quel impact que ça eu sur les relations de famille diriez-vous?

CL : Il y a des petits bouts qui étaient un petit peu pénibles.

ML : C’est normal.

CL : Mais en général parce qu’on était les uns sur les autres hein.

ML : Eh oui.

CL : Et puis le soir bien deux chambres de motel là, quatre par chambre bien tu sais c’était pas évident. Alors quand on arrivait, des fois on arrivait dans un endroit… Comme en Ontario, je me souviens on est demeuré au même endroit pour trois jours. Eh bien, on est allés à l’école où on devait faire un spectacle puis bien naturellement le directeur il dit : « Les jeunes si vous voulez venir vous servir du gymnase, vous êtes bienvenus n’importe quand. » Eh bien, ça, ça fait du bien, hein. Puis à Ottawa, bien, on avait de la famille. Ils ont eu la chance d’aller patiner sur le canal puis, tu sais, faire des choses.

ML : Bien oui.

CL : C’était fantastique!

ML : Uh hum! Puis il faut croire que ç’a peut-être ouvert la voie à votre prestation comme Voyageur officiel.

CL : Possiblement. Bien c’était avant le temps que les enfants participent mais les cinq aînés avaient déjà leur groupe musical à ce moment-là. Alors eux autres ils étaient… ils avaient un contrat pour jouer tout le temps du festival et puis les deux plus jeunes bien ils demeuraient avec ma mère. Elle est restée sur la ferme avec eux autres puis on avait un voisin qui venait faire les travaux de la ferme.

Chapitre Trois

Du Festival du voyageur à la Bibliothèque municipale de Saint-Boniface

Carmen LaRoche est une femme déterminée qui a toujours su ce qu’elle voulait, même si elle a dû parfois patienter bien des années avant de réaliser ses projets. Carmen nous raconte comment elle est devenue bibliothécaire, un rêve qu’elle caressait depuis la jeunesse.

CL : Ce qui est arrivé c’est qu’on a dû quitter la ferme pour des raisons de santé… des allergies, là, dans la famille ; c’était plus tenable, là. Alors on s’en vient à St-Boniface puis je suis allée voir Mlle Freynet à la bibliothèque, puis je lui ai dit que j’aimerais ça travailler à la bibliothèque. Alors elle me dit : « Bien il y a pas de poste dans le moment. » Mais elle dit : « Vous êtes pas une ancienne enseignante? » J’ai dit : « Oui. » Elle dit : « Vous pourriez animer L’heure du compte. » Bien j’ai dit : « Certainement! » Et puis moi bien, entretemps, j’avais une amie justement que tu connais, Gisèle Marion, qui avait pris des cours au CU (Collège universitaire de Saint-Boniface) et puis elle m’a dit : « Ah! T’aimerais ça. T’aimerais ça prendre des cours. » Mais là quand j’ai vu que j’allais avoir des chances de travailler dans une bibliothèque, je voulais absolument avoir un Bac, hein. Alors je m’inscris, cinq cours, plein temps.

ML : Qui était une pleine charge.

CL : Une pleine charge. Ah, peut-être trois semaines après que les cours sont commencés, Mlle Freynet m’appelle puis elle me dit : « …j’ai quelque chose à t’offrir. » Elle dit : « Les samedis et les dimanches. » Parce que pour la première fois, les bibliothèques de la ville allaient être ouvertes les dimanches. Ç’a commencé le 2 octobre 1983. Je peux pas dire non. Alors j’ai accepté puis après ça, bien, j’en ai parlé à ma famille parce que coudons j’étais…

ML : Vous aviez encore des jeunes à la maison, là.

CL : Oui. Oui. Stéphane avait 14 ans et Yannick avait 7 ans.

ML : Eh bien c’est plus qu’une pleine charge ça.

CL : C’est beaucoup ça hein?

ML : Oui.

CL : Bien Pierre il dit : « Il y a pas de problème. » Il dit : « Je vais m’en occuper des gamins moi. » Pas juste ça… il fallait… moi je savais pas dactylographier, hein. J’ai juste pas appris, alors quand j’apprends qu’il faut remettre nos travaux dactylographiés. Oh! J’ai dit : « Ok. Comment je vais m’organiser? » Puis je dis ça à Pierre. J’ai dit : « As-tu une idée? » Il dit : « Ah bien je vais te les faire tes travaux moi. » Lui il savait dactylographier! Moi je savais pas. On s’est entraidé toute notre vie vraiment.

ML : C’est dire que vous vous complétiez tellement comme couple. Ça, ça en est l’exemple classique.

CL : Oui. J’ai pris plusieurs cours d’histoire parce que l’histoire m’intéresse beaucoup puis des cours de français et d’anglais.

ML : Oui.

CL : Alors c’est ça puis bien ma vie à la bibliothèque a duré jusqu’à ma retraite en 2004.

ML : Alors parle-nous de ce que c’était d’enfin réaliser le rêve de travailler à la bibliothèque. C’était-tu ce que tu croyais quand tu étais toute petite?

CL : Uh hum. Oui. Il y avait des choses que je savais pas… qu’y aurait comme une collection de musique que ma fille avait mis ensemble… parce qu’elle avait travaillé elle aussi à la bibliothèque quand elle était aux études. Et non… ça été des très belles années le travail à la bibliothèque.

ML : Qu’est-ce qu’il y avait dans ce travail que tu aimais? Est-ce que c’était les gens avec qui tu faisais affaire? C’était la collection et les livres? C’était quoi au juste?

CL : Je dirais tout ça ensemble. Oui tout ça ensemble. Moi je dis que c’est en lisant que j’ai appris beaucoup et quel genre parce que, bien, il y avait beaucoup de clientes qui venaient me voir puis bien : « Qu’est-ce que t’as lu dernièrement là? Qu’est-ce que… » Bien j’ai dit : « Je pense ça t’aimerait ça. L’autre bien peut-être pas là mais ça t’aimerais ça. » Puis généralement, c’était le cas. Ils venaient me le dire : « Ah oui. J’ai aimé ça. En as-tu d’autres comme ça? »

ML : Ah! C’est bon ça.

CL : Ça fait que c’est encourageant. Quand on a déménagé dans les nouveaux locaux au coin de Provencher et Taché, il y avait des boites, des boites et des boites de livres! Et puis il y avait un nouveau bibliothécaire et puis là il m’a mis en charge de ça.

Alors je passais des journées à faire ça pendant quelques mois jusqu’à tant qu’on est passé à travers toute la collection qu’on aurait mis les choses en place. Alors j’ai appris beaucoup parce que j’ai trouvé toutes sortes de trésors là-dedans hein parce que moi j’aime beaucoup lire des romans mais des romans historiques basés sur le vrai là tu sais sur la vraie vie. Et puis j’ai beaucoup appris sur la vie des femmes dans ces… Puis les femmes en ont  fait du chemin laisse-moi te dire ça. Je viens juste de lire quelque chose là. C’est incroyable! Ça se passe dans les années ’28 à ’30 là quand il y a eu le crash là et tout ça. Bien des femmes… une femme exemple héritait de sa famille gros montant d’argent là, ce qu’on appellerait une fortune. Eh bien, elle pouvait même pas la gérer sa fortune. Elle pouvait même pas avoir un compte en banque alors c’est ça comment elles ont fait du chemin c’est incroyable! Moi j’ai été chanceuse dans ma vie je pense parce que quand j’ai travaillé… comme j’avais… avec un directeur d’école, avec un bibliothécaire ou j’ai toujours été avec des personnes qui étaient ouvertes puis qui étaient… on pouvait parler de tout. Tout ce harcèlement puis tout ça là il y a 20 ans tu sais on en parlait pas encore de ça.

ML : Ça c’est vrai.

CL : Alors si on était pas pris dans une situation comme ça, on savait pas tellement que ça existait.

ML : Ouais.

CL : Parce que même nos amis qui étaient là-dedans jamais qu’ils nous disent rien parce que c’était trop… bien c’était trop pénible. Elles voulaient pas en parler. Bien je pense que il était temps qu’il arrive quelque chose puis que les femmes commencent à être traitées comme elles devraient être d’après leur valeur parce qu’elles ont une valeur elles aussi tu sais. Elles ont des capacités et puis justement dans le livre que je viens de lire, il y a aussi cette affaire les femmes ne peuvent pas réfléchir parce qu’ils n’ont pas le même cerveau que l’homme. Mais peut-être qu’elles réfléchissent bien parce que justement ils ont pas le cerveau de l’homme. Non, moi je pense que les deux ont des très grandes qualités puis des grandes capacités puis ils devraient être capables de les partager. C’est ça que je pense.

ML : À quel moment as-tu commencé à songer à la retraite?

CL : J’y songeais pas tellement sais-tu. Je suis… j’ai quitté un peu sans vraiment avoir le goût à 100% de quitter, mais tu arrives à un certain temps, tu dis : « Bien il faut faire place aux jeunes. » Puis moi c’est comme ça que j’ai vu ça parce que j’avais 68 ans quand j’ai quitté la bibliothèque. Puis bien je dois t’admettre que j’y va presque toutes les semaines depuis ce temps-là. Ça fait encore partie de ma vie.

ML : T’as jamais vraiment quitté la bibliothèque. C’est juste que t’as moins de responsabilités maintenant.

CL : C’est ça. C’est ça. Oui. De rapporter mes choses à temps. Ça c’est ma responsabilité à présent (rires).

Chapitre Quatre

Participer pleinement à sa vie

Du haut des huit décennies, Carmen LaRoche, étonne par sa vivacité et son engagement dans la communauté. Quel est son secret? Carmen raconte ce qu’elle fait pour rester en aussi bonne forme.

CL : La marche c’est un remède à tout parce que quand tu vas marcher, tu oublies tout. T’es dans la nature parce que même en pleine ville, tu peux te retrouver dans la nature. C’est un moment très spécial même quand il fait pas beau. La seule chose qui va vraiment m’empêcher c’est de la glace sur les trottoirs, là. C’est trop dangereux autrement je trouve le moyen d’aller marcher un peu ou beaucoup dépendant des journées.

ML : Et la spiritualité? Jusqu’où ça occupe une partie dans la vie aujourd’hui?

CL : Bien pour moi, la spiritualité c’est des moments il y en a chaque jour, quand tu te retrouves en paix, seule, soit à l’extérieur ou soit à l’intérieur c’est… et puis que tu peux vraiment t’arrêter, là, puis penser puis apprécier tes belles choses de la vie et puis d’en rendre grâce tu sais. C’est ça que c’est pour moi. Je veux dire, bien sûr je participe tous les dimanches, mais ça ça fait partie de moi depuis toujours… mais le temps spécial, là, c’est seul que ça se passe. Mais moi je dirais là que le bonheur, là, c’est évident qu’on le fait soi-même hein. Quand on était plus jeune… comme adolescent là, les autres étaient tellement importants dans notre vie, là, hein et puis un jour il y allait avoir quelqu’un de vraiment spécial dans notre vie là, puis là, on allait être heureuse, là. Bien il faut pas se faire des idées comme ça. Il faut se faire des idées qu’on ait n’importe quel âge, qu’on soit dans n’importe quelle condition physique, le bonheur c’est nous autres qui l’a en nous puis si on le cultive, bien il va être là tout le temps. C’est comme ça que je le vois moi en tout cas.

ML : Il y a-tu des jours où c’est plus difficile à cultiver que d’autres?

CL : Ah oui. Quand il y a des grosses épreuves. Tu sais des épreuves de santé là on en a vécu dans notre famille et puis oui c’est plus difficile mais il faut juste prendre le temps de s’arrêter puis dire : « Bien oui mais c’est la vie quand même là. » Puis accepter les choses au lieu de… puis n’en parler s’il faut. Ça c’est important aussi.

ML : Uh hum. Je voulais justement parler de vieillissement, comment tu réagis au fait de vieillir ou comment tu perçois le vieillissement?

CL : Bien moi je pense pas à ça tellement souvent mais je pense que pour être capable de tu sais de pas s’ankyloser là, c’est important de physiquement bouger chaque jour. Ensuite pas se dire : « Ah bien ça me tente pas tu sais. Ça me tente pas. » Non ça me tente pas mais je vais le faire pareil tu sais.

ML : Uh hum.

CL : Parce que bien on voit autour de nous… ah je sais que la maladie est pour beaucoup puis moi je me compte très chanceuse parce que j’ai une bonne santé mais ça va pas nécessairement durer toujours. Mais je suis convaincue que oui. Il faut se convaincre puis faut faire qu’est-ce qu’il faut pour arriver. Puis si ça arrive pas… bien c’est la vie.

ML : Puis avec la vie bien une partie de la vie à laquelle il faut s’adapter en vieillissant c’est la mort et vous avez eu à dire au revoir à votre partenaire de vie. Comment est-ce qu’on voit la mort et qu’on vit cette réalité-là?

CL : Pour moi en tout cas, quand tu vois, tu sais, comme une personne que t’aimes beaucoup puis tu le vois souffrir et souffrir puis qu’il se plaint même pas, qui demande même pas d’aide, mais, par contre on parle de tout ça. Puis, bien, mon partenaire de vie m’avait dit : « Quand je vais te dire que je veux aller à l’hôpital, c’est parce que je suis prêt pour aller à l’hôpital. » Puis ça là c’est probablement le moment le plus pénible que j’ai vécu dans ma vie parce que je dis : « Bien il s’en va à l’hôpital pour mourir. » Imagine, tu sais. Bien c’est ça qui est arrivé. Mais après j’ai vécu un grand soulagement parce que j’ai dit : « Enfin il souffre plus. » Puis en fin toutes les épreuves qu’il a vécues puis toutes les choses qui ont été difficiles pour lui, c’est fini. Puis là, tu sais, j’ai été capable de dire merci pour ça. Et puis là, bien, j’avais des copines naturellement qui venaient de vivre la même chose ou qu’ils l’ont vécu pas longtemps après moi alors on se rencontrait assez souvent. Puis il y a même personne qui osait venir nous interrompre. Je pense que c’est ça. Il faut savoir s’entourer et puis parce que pour les enfants c’est très dur aussi mais on en a parlé tu sais avant que ça arrive et quand c’était le temps. Bien les enfants ils le savaient c’est le temps puis bien c’était à moi à me préparer en conséquence aussi. Mais non c’est un moment très difficile à passer. J’ai passé aussi un autre moment mais j’étais au travail à plein temps. On a perdu un petit enfant, hein, dans la famille. Ah ça, c’est pas pareil, hein. C’est une vie qui commence alors ça c’est très très difficile aussi, très difficile. Mais je pense que ça nous rend plus forts puis plus solides puis c’est ça qu’on apprend… puis je pense ça fait partie du bonheur.

ML : J’aimerais terminer notre entretien avec ce que j’appelle les petites questions en rafales… quelques questions rapides. Alors routine ou spontanéité?

CL : Spontanéité.

ML : Lève tôt ou oiseau de nuit?

CL : Oiseau de nuit.

ML : Paysage connu ou nouveaux horizons?

CL : Nouveaux horizons.

ML : La retraite est-ce une destination ou un voyage?

CL : Hum, c’est un voyage.

ML : L’aspect le plus plaisant de la retraite.

CL : Être capable de se lever à l’heure qu’on veut quand on est pas pris ailleurs.

ML : Et son aspect le plus difficile?

CL : Bien s’adapter à tout son entourage ça peut être difficile oui.

ML : Et finalement la retraite c’est…?

CL : Ce qu’on en fait. On la fait sa retraite. Si on la veut heureuse, bien il faut y mettre ce qu’il faut. Je pense c’est ça.

ML : Bien Carmen LaRoche, merci beaucoup d’avoir partagé cette sagesse avec nous aujourd’hui.

CL : C’est la première fois que je me fais dire que j’ai de la sagesse Monique.

MONIQUE LACOSTE : Bien ça ça m’étonne.

CL : Merci à toi.

ML : C’était le temps que tu l’entendes!

CL : Merci.

ML : C’était un épisode de la Balado – Le temps de vivre avec notre invitée Carmen LaRoche. Cette série est produite par la Fédération des aînés franco-manitobains et a été rendue possible grâce à l’appui financier du Gouvernement du Canada. Je vous laisse avec cette pensée de l’artiste, écrivain et philosophe, Immanuel Kante : « Une lecture amusante est aussi utile à la santé que l’exercice du corps. » Hum. Carmen LaRoche en est certainement la preuve. Ici Monique LaCoste. Merci de votre écoute et à la prochaine.

La série balado Le temps de vivre est produite par la Fédération des aînés de la francophonie manitobaine et a été rendue possible grâce à l’appui financier du gouvernement du Canada.