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Le temps de vivre

George Rajotte

La retraite, c’est pour les autres

La retraite au sens traditionnel du terme, ce n’est pas pour tout le monde. L’entrepreneur George Rajotte est de cet avis. Originaire de Saint-Jean-Baptiste au Manitoba, George est un entrepreneur dans l’âme. Après avoir été propriétaire de plusieurs compagnies au fil des ans, aujourd’hui il met son expérience et son capital au profit des autres, à titre d’expert-conseil et mentor chez Nova Capital. Portrait d’un homme à l’énergie et à la sagesse sans bornes et pour qui la retraite n’est pas une option.

Chapitre Un

La retraite, c’est pour les autres

George Rajotte a reçu notre équipe dans son bureau. L’homme qui a plus de 70 ans explique qu’il n’a pas encore accepté la notion de la retraite.

George Rajotte (GR) : Non pas 100 pour cent. On y pense un peu, mais quand j’avais 70 ans, j’ai dit : « Bien peut-être c’est le temps de prendre la retraite. » Puis j’ai décidé de faire ça à 75. Maintenant je suis dans ma 74e et je pense que peut-être on va faire ça à 80. J’aime à travailler. Surtout je travaille pour moi-même donc j’ai une philosophie. Je commence en retard puis je finis de bonne heure.

Monique LaCoste (ML) : Bon.

GR : Donc c’est une chose qu’on entend dire souvent, souvent que… mais c’est vrai. Quand on s’amuse au travail c’est pas travailler. On s’amuse. Quand j’étais jeune, j’ai commencé ma première compagnie c’était Western Industrial puis je voulais vraiment grandir cette compagnie. Puis on fait de l’ouvrage beaucoup dans l’Ouest. On fait de l’ouvrage dans l’Est, en Ontario. On a travaillé au Mexique. On a travaillé dans les États-Unis, mais c’est tout fait à partir de Winnipeg. Mais on a commencé à faire de différentes disciplines parce que c’était une autre manière de grossir nos compagnies. C’est pour ça que dans v’là deux, trois, quatre ans, j’avais quatre compagnies. J’en ai vendu deux de ces quatre dans la construction. C’est quelque chose que même des fois encore aujourd’hui on voit des compagnies à vendre puis je suis intéressé peut-être à en acheter une autre. Je le sais pas qu’est-ce qu’on va faire.

ML : Alors d’où ça vient, ça, ce désir non seulement d’acheter et de vendre des produits, mais d’acheter et vendre des compagnies?

GR : Ah, je le sais pas tu sais. J’ai eu la chance d’aller à l’université, mais j’étais pas intéressé dans l’école, donc j’ai commencé à travailler puis j’ai toujours eu l’idée d’avoir une compagnie et de travailler pour moi-même. Et mon père avait une compagnie qui s’appelait Northtsar Decorating. C’était une compagnie de peinture, mais v’là des années, mon père avait vraiment quatre ou cinq clients. Mes filles travaillaient pour ces cinq clients dans trois provinces. C’était toutes des compagnies d’huile puis ils faisaient leur maintenance. Ça fait que je me rappelle on s’assisait à la table le soir puis mon père parlait d’affaires puis je suppose que ça demeuré dans mon idée. Puis mon père avait toujours des belles automobiles puis c’est quelque chose que je voulais : des belles automobiles. Donc j’ai dit : « Je m’en vais travailler fort. » Puis maintenant aujourd’hui, j’ai des très belles automobiles (rires).

ML : Ah! Alors vous avez rencontré vos objectifs.

GR : Plus ou moins oui, oui.

ML : C’est important pour toi comme homme d’affaires et comme personne je pense hein d’adhérer à certaines valeurs fondamentales?

GR : Bien une des choses qu’il faut se rappeler on fait pas ça tout seul. C’est mes employés vraiment qui parlent pour la compagnie et… Il faut être bon vers nos employés parce que c’est eux qui nous récompensent donc c’est mutuel hein. Puis tu sais c’est des vieilles valeurs qu’on entend parler tu sais. Il faut être honnête puis il faut dire la vérité puis il faut faire du bon travail. Des fois il y a des jeunes qui me demandent : « Qu’est-ce qu’il faut que je fasse pour être… avoir du succès dans ma vie? » Bien j’ai dit : « C’est facile. » Moi j’avais un parrain en affaires qui me disait…Il était anglophone. Il me disait tout le temps : « Be at the place you’re supposed to be at on time, doing what you’re supposed to be doing and you’ll succeed. » Et ça marche.

ML : À quel moment est-ce que tu as su que tu étais sur la bonne piste?

GR : Bien les compagnies tu sais… on engageait de plus en plus d’employés et plus d’équipement. Les banques ne nous chassaient plus pour de l’argent tu sais. C’est que ça tombe en place on dirait hein puis tu sais on est confortable en affaires. On aime à faire qu’est-ce qu’on fait puis tu sais des fois ça marche pas trop bien. On a des défis puis qu’est-ce qui est important je pense qu’il y a beaucoup de compagnies qui savent que les choses vont bien, ils font bien, mais quand les choses vont pas bien, ils se découragent des fois puis ils arrêtent. Il faut rester en place puis il faut continuer à travailler puis on garde nos valeurs même quand les choses vont pas bien. Puis si on garde nos valeurs…

ML : Éventuellement ça…

GR : Éventuellement on va trouver une solution au problème.

ML : Te souviens-tu d’un moment particulièrement difficile?

GR : Ah oui. J’ai quasiment fait banqueroute quand j’avais… je le sais pas, dans la quarantaine. Les banques voulaient plus faire affaire avec moi. J’avais de la misère à rencontrer mes…

ML : Paiements.

GR : Paiements. Même les gages de mes employés, mais j’ai toujours rencontré ces gages. Ça prit un an pour sortir de ça, mais…

ML : Qu’est-ce que t’as appris de ce passage difficile là?

GR : La chose que j’ai appris, tu peux pas blâmer ce monde parce que c’est moi qui les ai engagés, donc c’est de ma faute. On aime à prendre crédit quand les choses vont bien, mais aussi comme propriétaire il faut prendre le crédit quand les choses vont pas bien aussi. C’est simple.

ML : Il faut prendre la responsabilité.

GR : Il faut prendre la responsabilité

ML : Alors on a parlé de défis. Y a-t-il des projets auxquels vous avez participés qui vous ont donné une plus grande satisfaction où dont vous êtes le plus fier?

GR : Non je pense que ma carrière… je suis fier de ma carrière parce qu’on a une bonne réputation tout partout. Puis je me rappelle toujours j’avais commencé ma compagnie, je pense que j’avais 30 ans, puis j’avais eu une défaite dans la première année plus ou moins assez sérieuse, mais on a continué puis j’ai eu un contrat d’une compagnie russe. Ils travaillaient pour le Hydro, Manitoba Hydro, à Jenpeg Manitoba, puis ils mettaient des turbines puis ils m’ont demandé de mettre un prix pour faire de l’ouvrage sur ces turbines. C’était un gros projet puis quand qu’on a fini, ça avait été assez bien qu’on avait 50 pour cent de profit clair. Donc c’est ça qui m’a aidé à me mettre sur mes pieds. Des fois quelqu’un me demande : « Bien qu’est-ce qui a été le déclencheur…? » Bien je dis : « Bien les Russes. »

Chapitre Deux

Se donner aux autres, un mode de vie

ML : Pour les entrepreneurs, la décision de prendre sa retraite peut être complexe puisqu’il faut voir à la vente ou à la succession de l’entreprise avant de pouvoir tourner la page. Si l’entrepreneur George Rajotte n’est pas prêt à cesser ses propres activités, il a vu dans la retraite une occasion d’affaires. Il y a quelques années, il a fondé Nova Capital qui aide les entrepreneurs au bord de la retraite à vendre leurs entreprises en plus de fournir des conseils aux jeunes entrepreneurs. George prend beaucoup de satisfaction à partager ses connaissances et son expérience avec eux.

 

GR : Et ensemble on a une bonne équipe, et comme là on vient juste de signer un contrat avec une compagnie qui est en affaires depuis 40, 50 ans et le propriétaire veut vendre, donc c’est notre job de trouver quelqu’un qui va l’acheter cette compagnie. Mais Nova Capital font d’autres choses aussi. On aide les jeunes des fois. On a travaillé avec des compagnies. On donne des conseils pour leurs aider. On a travaillé avec une compagnie, le pauvre gars il avait perdu à peu près 750,000 $ dans une année donc il était pour faire banqueroute, mais on a travaillé, mais pas moi tout seul. C’est pas moi qui fais ça. C’est mon équipe. Mon équipe on a travaillé avec lui et un an plus tard, il a fait je pense 800,000 $ de profit ça fait qu’on a pu lui aider à revirer le coin si vous voulez et maintenant il est toujours en affaires. Et là on est en train de faire la même chose avec une autre compagnie. Ça fait qu’on fait des qu’est-ce qu’on appelle nous des advisory services.

ML : Il y a-tu des tendances… vois-tu les mêmes erreurs qui semblent venir puis se répéter?

GR : Moi je leur dis toujours, j’ai dit : « Je suis un expert parce que j’ai fait quasiment fait faillite, ça fait que je sais qu’est-ce que tu fais. Je sais qu’est-ce qui est arrivé. » Je m’en rappelle très bien quand j’étais dans cette situation. On a plein de peurs. On a peur hein. On va faire faillite. On a peur. Puis tant qu’on a peur, on prend des mauvaises décisions ça fait que c’est ça qu’il faut que je leur dise, j’ai dit : « You know, j’ai déjà été de vous c’que t’es aujourd’hui, puis j’avais peur. Puis j’ai pris et faite des mauvaises décisions, mais j’avais quelqu’un qui m’aidait des fois à prendre des bonnes décisions quand on est dans cette circonstance. »

 

Donc c’est ça qu’on fait nous. On leur aide puis nos comptables ils regardent aux chiffres. Moi je regarde surtout la personne et j’essaie de leurs aider à prendre des décisions.

ML : Comme mentor finalement.

GR : Oui c’est ça.

ML : Ça prend de la compassion faire ça finalement.

GR : Oui tu sais on fait ça puis on se fait payer, mais il y a une certaine satisfaction une fois qu’on fait ça, tu sais, puis moi j’aime ça. C’est ça que j’aime surtout, puis tu sais, c’est bien. C’est une des choses que… c’est pour ça que je viens à l’ouvrage vraiment, tu sais. On a la chance d’aider.

ML : Alors, à Nova Capital vous aidez à des gens qui sont parfois dans le besoin. Dans la communauté, dans un sens plus large, je pense que George Rajotte a beaucoup, beaucoup contribué aussi à aider sa communauté. Ça c’est au plan de la philanthropie, du bénévolat. Parlez-nous des causes qui t’ont animé et qui t’animent beaucoup ces temps-ci?

GR : Bien j’aime beaucoup… j’étais sur le conseil de la Fondation de l’Hôpital de Saint-Boniface et je m’ai intéressé à ça, donc j’ai fait des dons à la Fondation parce que c’est des recherches dans la santé. You know, le plus vieux que tu deviens, la santé vient plus importante et aussi le Centre de renouveau Aulneau. J’ai fait des contributions là parce qu’il y a du monde qui ont besoin d’aide et ils ont pas d’argent et c’est ça que le Centre renouveau fait, donc j’encourage des choses de même. Le Siloam Mission, je suis très… j’aime les encourager parce que le monde qui vont à Siloam pour des repas, c’est pas parce qu’ils veulent hein, ils ont pas le choix. Donc j’aime à faire ça, puis j’ai d’autres petits projets que je travaille avec des personnes qui… je leurs donne des conseils. Je suis content qu’il y a des personnes qui aiment à me parler donc ça me donne la chance de leur aider un peu et quand je leur aide, ça m’aide aussi.

ML : Parce qu’on dit en donnant on reçoit aussi.

GR : C’est vrai. C’est vrai. C’est de même en affaires aussi hein. On donne un service puis il y a du monde qui nous donne de l’argent pour le service. Il y a vraiment quand j’y pense, c’est pas l’argent, mais c’est surtout donner du bon service et si on donne du bon service, il y a du monde qui va nous payer pour ça. Et si je commence à faire les choses pour faire des sous seulement, mon service va pas être si bon et j’aime à donner, à aider au monde aussi. Ça me donne une satisfaction et eux ils apprennent peut-être de mon expérience. J’apprends de leurs expériences. Il y a deux sortes de personnes dans cette vie, ceux qui nous montrent quoi faire et ceux qui nous montrent à pas quoi faire. On apprend des deux.

ML : Comme jeune personne, te souviens-tu comment ton père s’était retiré ou tes grands-parents? Comment ça se vivait là dans ta jeunesse?

GR : Bien mes grands-parents, ils viennent de Saint-Jean-Baptiste. C’étaient des fermiers. Ils ont pris leur retraite je le sais pas… Mon père a travaillé, mon père est mort quand il était jeune. Il avait 64 ans, mais il a travaillé presque toute sa vie mon père. Je pense il était pas vraiment à la retraite. Il faisait des petites choses à l’âge de 64 ans. Moi comme tous les… je devrais pas dire comme tous les jeunes mais beaucoup de jeunes, on pense « on va travailler fort quand on est jeune, on va faire de l’argent puis après ça on va mettre cet argent dans la banque puis quand qu’on va avoir 55 qu’on va prendre la retraite. » Puis on est tout pareil. Rendu à 55 ans, j’avais aucune idée de prendre ma retraite. Je voulais travailler sur mes business puis les agrandir puis à l’âge de 60 ans, je voulais faire la même chose. Puis à l’âge de 65, je voulais faire la même chose. La retraite ça m’a jamais… J’ai essayé. J’avais une belle maison en Californie puis j’ai gardé ça pour je pense trois ans de temps puis j’y allais là pour trois mois en hiver puis sur la troisième année, j’ai regardé à mon épouse. J’ai dit… après deux mois, j’ai dit : « Coudon Marie, j’ai dit, t’es-tu prête à retourner à Winnipeg? » Elle dit : « Oui. » J’ai dit : « Moi aussi. » On a parlé après puis j’ai dit : « Marie, j’ai dit, je peux pas faire ça. J’ai dit je va en Californie pour trois mois, j’étais en contact avec mon bureau à tous les jours puis je manque le travail. J’ai dit on va prendre des voyages, mais j’ai dit je suis pas prêt pour la retraite. »

Chapitre Trois

Trop jeune pour penser au vieillissement

De nos jours, il y a autant de définitions de la retraite qu’il y a de gens qui la vivent. Par exemple, l’entrepreneur George Rajotte entre au bureau tous les jours comme il l’a toujours fait. Son épouse Marie quant à elle était bien contente d’adopter le style de vie décontracté de la retraite.

GR : Elle a pris sa retraite elle à 55 ou 56 ans, mais elle se tient occupée à maison hein puis j’ai dit : « T’as une grosse job maintenant j’ai dit. Il faut que tu prennes soin de moi (rires). »

ML : Puis comment elle vit avec ça elle?

GR : Elle fait une bonne job. Elle prend soin de moi puis elle fait d’autres choses aussi.

ML : Bien oui.

GR : Elle est intéressée dans d’autres choses donc elle jouit de sa retraite. Tandis que moi, je golfe pas. J’aime à lire, mais tu peux pas lire huit heures par jour ou neuf heures par jour. Donc ma retraite moi c’est ici (au bureau).

ML : Justement une journée normale ça de l’air de quoi pour toi?

GR : Bien je me réveille. Je suis paresseux. Je me réveille vers 7 h 45 puis après ça, prend une douche, me fait la barbe, je jase avec Marie. On prend un café ensemble. On jase pour une demi-heure, trois quarts d’heure. Marie prépare mon déjeuner. Je suis chanceux qu’elle prenne soin de moi de même. Je mange mon déjeuner et j’arrive au bureau vers 9 h 30, 9 h 45. Je travaille jusqu’à midi. On va luncher souvent avec quelqu’un que je fais affaire ou des vieux amis qu’on a fait affaire avec. Les Bockstael, cette semaine j’ai lunché avec deux différents Bockstael, des vieux amis d’affaires. Cet après-midi, l’après-midi je travaille et la plupart du temps 4 h 30, je prends départ et je m’en va chez nous.

ML : C’est quand même une journée respectable de travail là.

GR : Ah oui, ça me tient occupé puis moi c’est comme je te dis : « C’est pas de l’ouvrage, je m’amuse. »

ML : Puis qu’est-ce qui est le plus important pour toi à ce stade-ci de ta carrière?

GR : Ma santé. C’est ça que je dis. Si je suis en santé, je le sais pas quand est-ce que je va me retirer hein, mais la santé ça prend tu sais c’est important si j’arrive où je peux pas conduire ou je peux pas tu sais…

ML : Est-ce que tu fais des choses en particulier pour t’occuper de ta santé?

GR : Je mange assez bien. Je suis toujours après recommencer des exercices. Je fais des exercices pour un ou deux mois. J’arrête pour deux mois puis après ça je recommence encore. Je me donne le diable pour avoir arrêté.

ML : Quelles sortes d’exercices?

GR : marche. Je fais des light…

ML : Des poids là oui.

GR : Des poids oui puis je fais ça chez nous.

ML : Puis le vieillissement là, l’idée de vieillir comment est-ce qu’on fait face à ça?

GR : Je le sais pas. Je suis encore trop jeune pour y penser (rires). Je pense que je le sais pas, mais tu sais… puis je suis pas seul. J’ai 74 ans, mais je pense jamais d’avoir… je pense que dans ma tête j’ai encore 60 ans ou je le sais pas tu sais. Le temps passe vite.

ML : Puis la santé fait en sorte que tu ne te sens pas plus vieux.

GR : La santé est bonne puis la santé mentale tu sais est raisonnable donc tu sais je me sens jeune.

ML : Des idées comme la mort, on y pense-tu ou…?

GR : Juste simplement une nouvelle expérience. On sait pas ce qu’on va faire. Moi je pense qu’on a une vie après cette vie ici. Mais c’est pas une vie après cette vie, c’est toute la même vie, mais ça va être une nouvelle expérience puis j’ai pas peur de cette expérience. Tu sais des fois je dis des petites prières puis des fois on parle à Dieu et puis j’y dis toujours que j’ai pas peur de la mort, mais je suis pas prêt. J’ai encore des choses à faire ici.

ML : C’est bon d’avoir cette conversation.

GR : Oui c’est bon d’avoir cette conversation. Moi j’aime ça. Moi j’ai une habitude. Je lis pour cinq, dix minutes à tous les matins tu sais puis des méditations. Je suppose que c’est ça que le monde ils appellent ça, mais j’aime à faire ça pour cinq, dix minutes puis ça me prépare pour la journée.

ML : Alors c’est quel genre de méditation?

GR : On est pas seul. Il y a toujours une présence avec nous qu’on peut pas peut-être reconnaitre des fois, mais c’est une présence qui est en nous. C’est une présence qui est toujours positif, qui est calme et quand on y pense, cette présence est avec nous, dans nous et on dans cette présence aussi et si je peux y penser un peu de même tu sais, le monde… il y a beaucoup de monde qui appelle ça je suppose Dieu, mais si je peux y penser un peu que cette présence a ses qualités, j’essaie de vivre avec ces qualités et dans ces qualités et ça fait pour une bonne journée.

ML : Hum. Alors tous les jours… cinq à dix minutes?

GR : Oui.

ML : Puis qu’est-ce que ça t’apporte tu penses?

GR : La paix, un sens de sécurité que je suis pas seul. I guess une des grosses découvertes que j’ai faites avec ces méditations que s’est réalisé une journée que j’étais jamais tout de seul. J’étais jamais, jamais tout de seul you know que cette présence est avec moi tout le temps, tout partout et ça me donne du confort hein.

Chapitre Quatre

Aimer son travail, aimer les gens, c’est aimer la vie

Quels conseils notre retraité récalcitrant donne-t-il aux gens qui approchent l’âge de la retraite? Écoutons George Rajotte.

GR : Bien tu sais on est tout différent. Moi j’ai trouvé que tu sais c’est… moi je suis chanceux parce que tu sais peut-être que s’il faudrait que j’aille à l’ouvrage à 8 h du matin puis travailler jusqu’à 4 h 30 et toujours… je dirais peut-être : « Non, non. C’est le temps de prendre ma retraite. » Mais je suis très, très chanceux que je peux faire de différentes choses puis tu sais je peux travailler tant que je veux travailler. Si je veux pas travailler, je va pas à l’ouvrage donc…

ML : Oui, être maître de ton destin.

GR : Oui être maître de mon destin. C’est ça qui me tient à travailler, mais you know je pense que j’aurais plus… J’aimerais dire aux jeunes surtout you know : « Essayez de trouver de faire quelque chose que vous aimez. Ça fait rien qu’est-ce que c’est tu sais. C’est pas important, mais si on aime qu’est-ce qu’on fait, la vie va être bonne envers notre travail. » C’est ça qui est important. Quand je regarde à ça, you know faire des choses que j’aime pas à faire ça c’est du travail.

ML : C’est tellement vrai! Dans ton expérience, l’ennui c’est-tu possible?

GR : Oui quand on était en Californie pour trois mois puis on fait rien, je pense qu’est-ce qui me bâdre le plus moi quand que je fais rien, je passe trop de temps à penser à une chose seulement : moi. Puis j’aime pas à penser à moi. J’aime mieux penser qu’est-ce qu’on peut faire aujourd’hui que penser à ça. Puis après un bout de temps tu sais bien il y a personne qui m’appelle, blah, blah, blah ou bien tu sais c’est monotone. Mais c’est pour ça que j’aime pas que j’aime à travailler. Ça me tient occupé puis ça me tient actif.

ML : Puis je sens aussi chez toi qui a cette idée de développer des relations en affaires pour avoir du succès dans les affaires en un sens, il faut avoir forgé des bonnes relations avec des clients, avec d’autres gens en affaires comme nous.

GR : Je pense que la chose la plus importante… puis j’avais dit ça une fois… à ma 65e fête. J’avais eu une… je pense qu’il y avait une centaine de personnes ou plus que j’avais invitées pour ma fête, puis ils m’ont demandé de dire une couple de mots puis j’avais dit à cette occasion que la qualité de ma vie était égale à la qualité des relations que j’avais dans ma vie. Puis si on a des bonnes relations, on va avoir une bonne vie. Je pense que la qualité de ma vie, pas juste au travail, mais chez nous avec ma femme, avec mes enfants, avec mes amis, j’ai des bonnes relations et c’est ça qui fait ma vie. C’est pour ça que j’aime… puis j’aime à faire de nouvelles relations aussi. J’aime à faire d’autres amis hein donc je suis très, très, très, très chanceux d’avoir toutes ces relations dans ma vie puis que j’ai beaucoup de monde qui me laisse faire partie de leur vie puis ça c’est bien.

ML : Est-ce que tu gardes une liste de choses que tu voudrais faire? Avant la mort, je veux avoir vu ou fait certaines choses?

GR : La bucket list est pas mal finit. J’aime à faire ce que je fais là. Puis une autre chose… si ma femme et moi on décide on va aller à… v’là deux, trois ans, quatre ans, je m’en rappelle plus, j’étais un gros fan d’Eric Clapton. Il est venu à Winnipeg deux fois puis les deux fois qu’il était ici, j’étais pas à Winnipeg. J’étais aux États-Unis ça fait que j’étais sur mon computer puis j’ai remarqué qu’Eric Clapton il faisait concert à Londres dans le Royal Albert Hall puis j’ai acheté deux billets pour ce concert. J’ai dit à ma femme : « On va aller à Londres. » Ça fait qu’on a été, mais comme tu dis mon bucket list je voulais voir Eric Clapton. C’est déjà fait puis le bucket list est pas mal court là tu sais. La vie est bonne. On est très, très chanceux hein?

ML : J’aimerais finir notre conversation avec ce que j’appelle les questions à rafales. La première : Lève-tôt ou oiseau de nuit?

GR : Oiseau de nuit.     

Monique LaCoste : Paysage connu ou nouveaux horizons?

GR : Les deux.

Monique LaCoste : La retraite c’est une destination ou un voyage?

GR : Un voyage.

Monique LaCoste : Et l’aspect le plus plaisant de la retraite?

GR : J’ai aucune idée parce que je suis pas là puis je suis pas pressé à être là.

Monique LaCoste : L’aspect le plus difficile? Tu y as touché un petit peu.

GR : Bien c’est se tenir occupé, je suppose tu sais. Il faut avoir un but dans la vie et quand que j’essaie de prendre ma retraite, j’ai pu de but on dirait donc ça vient monotone. Ça vient plate comme on dit donc il faut que j’aille un but. You know j’aime avoir quelque chose à faire. J’aime avoir une place à visiter, à voir, aller puis je sais pas. Dans ma vie, moi je peux pas voir ça changer, mais on sait jamais.      

ML : Bien là tu viens de répondre à la dernière qui était la retraite c’est…?

GR : Mais se garder occupé à faire des choses qu’on aime.          

Monique LaCoste : Pas juste remplir du temps là, remplir ta journée.

GR : Je dis pas que c’est une méchante chose, mais moi couper le gazon là c’est pas quelque chose que j’aime. Planter des fleurs, c’est pas quelque chose que j’aime. Ma femme aime planter des fleurs, pas moi. Donc si je prends ma retraite, je le sais pas. Peut-être que Nova Capital c’est ma retraite.                    

ML : George Rajotte je sais pas si je veux te souhaiter une retraite parce que tu as l’air tellement bien dans cet état, pas très retraité encore que ça serait quasiment dommage de te voir arrêter complètement, mais je te souhaite santé, bonheur et une bonne continuation.

GR : Merci beaucoup.  

Le temps de vivre est produite par la Fédération des aînés franco-manitobains et a été rendue possible grâce à l’appui financier du Gouvernement du Canada. Nous vous laissons avec cette pensée de notre invité George Rajotte qui a dit : « La qualité de ma vie est égale à la qualité de mes relations avec les autres. De bonnes relations sont synonymes d’une bonne vie. »

La série balado Le temps de vivre est produite par la Fédération des aînés de la francophonie manitobaine et a été rendue possible grâce à l’appui financier du gouvernement du Canada.