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Le temps de vivre

Hubert Chappellaz

L’appel de la terre

Dans cet épisode, nous prenons la route pour St-Claude, Manitoba, une communauté agricole à 100 km à l’ouest de Winnipeg. Notre invité Hubert Chappellaz est un agriculteur et gestionnaire dans le secteur financier qui est à la retraite depuis l’âge de 57 ans. Hubert et son épouse Liliane sont originaires de la région et ont élevé deux garçons sur la ferme. Ils sont très investis dans leur communauté et sont entourés de famille et d’amis. Pourtant, le jeune Hubert n’avait aucune intention de s’enraciner dans son village natal.

Chapitre Un

Finances, ferme et famille

Hubert Chappellaz (HC): Non au contraire, quand j’ai été faire mon secondaire au Collège Saint-Boniface et puis avec vraiment l’intention de jamais revenir à la ferme je pensais à ce temps-là, je suis parti travailler… j’ai travaillé pour les Caisses. En ce temps-là, ça s’appelait la Centrale des caisses pour quelques mois, puis ensuite je suis parti avec la Banque de Montréal pour trois ans. Alors là on a fait du chemin un peu. J’ai travaillé à Winnipeg, Régina, Yorkton, Schreiber en Ontario. Ensuite on est revenu à Thunder Bay, puis c’est là qu’on a eu l’occasion de revenir ici à St-Claude. Mon frère aîné regardait à acheter la ferme de ma mère, il hésitait peut-être de le faire seul, alors il m’a communiqué et puis on s’est dit : « Ok. » Il y avait un voisin qui avait une terre à vendre aussi en même temps, alors j’ai lâché la banque pour revenir à St-Claude se lancer dedans l’agriculture. Notre intention était de se construire une ferme laitière, mais c’était le début des ‘70 où le système de quotas commençait à venir en jeu puis c’était très dispendieux. On n’avait pas les fonds de partir dans le lin. On a vitement réalisé ça. Alors on a continué. On avait une petite entreprise de bœufs, et puis on faisait de la culture aussi. On a continué avec ça, puis afin de soutenir ça jusqu’à un certain point, moi je suis retourné au travail hors de la ferme à plein temps.

MONIQUE LACOSTE (ML) : Est-ce que c’était commun à cette époque-là?

HC : Absolument. Je dirais qu’en ce temps-là j’étais pas l’exception, mais probablement la règle des gens de mon âge qui commençaient à s’impliquer dans l’agriculture. Comment est-ce que je dirais ça? Tu diriges ton entreprise agricole en tenant en vue tout le temps qu’on est pas là les deux tout le temps sur la ferme… mais je dois dire que j’ai toujours été très chanceux parce que quand j’ai commencé avec la Caisse populaire à St-Claude qui était ’76, j’avais fait un arrangement avec eux autres que je pouvais prendre des vacances ou du temps sans paie au printemps pour faire les semences et de même à l’automne pour faire les battages. C’était nécessaire. On aurait pas pu faire sans ça.

ML : Et, en même temps, ça vous a permis de poursuivre cette carrière que vous aviez commencée avant de revenir à St-Claude. Vous êtes donc un homme de chiffres?

HC : Bien je suppose oui. J’ai passé avec les Caisses… j’ai passé à peu près 35 ans avec eux autres, puis j’avais trois ans avec la Banque de Montréal qui m’a donné une formation à la Banque de Montréal incroyable. C’est ça qui m’a aidé quand je suis revenu à St-Claude, et puis c’est pour ça qu’on m’a approché pour voir si je considérerais peut-être rejoindre les Caisses et puis comme on dit en anglais : « The rest is history. »

ML : Puis les Caisses, dans une petite communauté comme St-Claude, ça joue un rôle vraiment important.

HC : Absolument. Puis surtout dans ces temps-là. Quand on parle des ’70, les ’80, les ‘80 ont été des années très difficiles dans nos régions agricoles. Tout début des ’80, on avait eu dans la région quelques années difficiles en fait de production. Alors déjà ça, ça mettait un peu de stress sur les gens et puis après ça, est venu la hausse des intérêts en ’82. On prêtait de l’argent à des hypothèques jusqu’à 16, 17 pour cent, des taux… des marges de crédits pour opérer leur business, leur commerce, ça allait jusqu’à 18, 19 pour cent. Des taux d’autos, ça aurait été autour de là aussi, des choses comme ça alors c’était des temps difficiles. Ça pas duré des années, mais c’est sûr que la Caisse a joué un rôle très important non seulement du côté financier, mais du côté support pour la communauté. Quand on avait besoin de faire, je le sais pas, un projet ou un autre ou, il semble qu’on venait souvent cogner à la porte de les Caisses. Oui, c’était vraiment important, je pense, les Caisses en ce temps-là.

ML : Qu’est-ce que ça été que d’élever vos enfants dans ces années-là comparativement à votre jeunesse par exemple? C’était-tu bien différent d’élever vos enfants ici?

HC : Bien, comparé à notre jeunesse, disons, c’est sûr que pour moi ça été très différent parce que ma mère s’est retrouvée veuve à un très jeune âge. Elle avait sept enfants et puis je suis le troisième de sept. J’avais 11 ans quand c’est arrivé, alors c’est sûr qu’on a eu, disons une vie assez difficile au début. Tandis que pour nos enfants, bien là les choses allaient beaucoup mieux et puis on pouvait faire beaucoup pour eux autres. Alors comme tout partout ailleurs, je veux dire, ils ont joué du baseball, ils ont joué du hockey. Ils ont eu des sortis comme ça, en masse… mais c’était occupé avec les deux jobs balancer tout ça qui est peut-être une des raisons pourquoi que même encore aujourd’hui, je veux dire, on fait pas de camping. Nous autres on a jamais fait de ça. Je pense pas qu’on le manque. Mes enfants, mes garçons disent qu’ils l’ont pas manqué, mais ça nous a donné une vie un peu différente.

ML : Et est-ce que les jeunes participaient à la vie agricole aussi?

HC : Absolument. Comme je t’ai mentionné tantôt, nous autres on avait deux garçons. Mon partenaire, mon frère qui demeure l’autre côté du chemin avait deux garçons lui aussi et puis de la même âge que les nôtres, alors ces quatre petits bonhommes là étaient avec nous autres tout le temps. Un coup par après, il y a pas tellement d’années passées de ça, mon épouse un coup leur a demandé s’ils pensaient qu’ils avaient peut-être manqué de quoi en étant jeune, que leurs amis allaient faire du camping puis eux autres allaient pas puis des choses comme ça. Puis la réponse a été : « Bien… » Surtout de mon plus vieux, il a dit : « On a été élevé dessus le plus grand playground qu’on aurait pu avoir. » Il dit : « On était toujours ensemble. » On sortait le matin. J’arrivais du travail à 4 h 30, 5 h de la Caisse puis ils étaient assis sur le perron, puis c’était : «Qu’est-ce qu’on fait ce soir? » puis ils pouvaient pas attendre pour partir. Alors, non, on avait toujours de quoi. C’était le plein air depuis cinq heures du matin jusqu’à tant qu’il fait nuit le soir, je veux dire sept jours par semaine. Oui. Ç’a été une vie très agréable.

ML : Et quand vous étiez plus petit évidemment, si vous avez perdu votre père si jeune, ça voulu dire que l’éthique de travail vous avez appris ça, bien parce qu’il fallait, mais à un très jeune âge.

HC : Absolument. Mon père faisait la ferme avec deux de ses frères, en partenaire avec deux de ses frères, alors ces gens-là nous ont aidés énormément, mais oui il a fallu qu’on prenne la relève.

ML : Hum, hum.

HC : Non, mais c’est sûr que ça nous a obligés, oui, à voir… comment je dirais ça… une appréciation pour le travail et puis, mais c’est comme ça qu’on devient qui on est. Ça aurait pas été cette situation-là, ça aurait été une autre.

Chapitre Deux

La retraite, est-ce possible pour un agriculteur?

ML : Vous écoutez la Balado Le temps de vivre de la Fédération des aînés franco-manitobains. Notre invité Hubert Chappellaz a grandi sur la ferme familiale, alors je lui ai posé la question à quoi ressemblait la retraite chez les agriculteurs lorsqu’il était plus jeune.

HC : Moi, je dirais que, dans le cas de mes oncles peut-être et puis des autres gens, plutôt que parler de retraite, on parlait plutôt de ralentir, parce que souvent ces entreprises-là étaient passées dans la famille, alors la relève venait de la prochaine génération. Ils prenaient la direction de ces entreprises-là et puis alors ces fermiers qui prenaient de l’âge continuaient à contribuer surtout durant les temps bien occupés, les semences au printemps, les battages, l’automne et puis ils ralentissaient, mais c’était pas rare comme c’est encore. C’est pas rare de voir des hommes pendant les battages par exemple de 70, 75 ans qui sont encore alentour qu’ils aident.

ML : Et dans votre cas, à quel moment avez-vous commencé à considérer la retraite ou il y avait-il un plan bien à l’avance?

HC : Oui on a pas mal toujours eu un plan de retraite avec mon frère; c’est-à-dire que l’entente était toujours que si jamais mon frère aurait voulu un jour prendre sa retraite, vendre sa part de la ferme, j’étais prêt à le faire. J’ai toujours dit ça. Moi j’avais toujours mon autre carrière sur laquelle je pouvais retomber. Comme à la fin des ‘90, nos jeunes partaient, les quatre jeunes ont parti.

On a perdu beaucoup de nos travailleurs là d’un coup. Il a fallu qu’on fait un peu des changements dans notre entreprise. On avait en ce temps-là qu’est-ce qu’on appelle en anglais un cow-calf operation de vaches, de bovins. On avait jusqu’à 300 vaches, puis c’était rendu trop pour deux personnes surtout quand on avait un autre emploi à plein temps et tout ça.

ML : Oui.

HC : Alors on s’est débarrassé des animaux, puis on a gardé strictement la culture du terrain. Puis de là, avec le temps, c’est venu qu’au début des 2000, 2004, disons à peu près là, les garçons de mon frère, qui sont tous les deux employés à plein temps hors de la ferme, ont commencé à considérer revenir à la ferme, puis c’est là qu’il a fallu qu’on fait des décisions. Comment est-ce qu’on allait les réintroduire? Après avoir discuté avec mes enfants puis mon épouse qu’est-ce qu’on ferait, deux frères ensemble ça peut marcher, mais quand tu commences à avoir des oncles puis des neveux, ça peut devenir compliqué cette affaire-là. Alors on a décidé de vendre nos parts à nos neveux. Ça c’est notre part de l’équipement, de l’inventaire. Liliane et moi on appartenait nos terrains, puis on les a gardés et puis maintenant ces jeunes-là les louent de nous. Oui puis nous autres c’était assez simple, parce que j’en ai vu au courant de mes années à la Caisse, j’en ai vu des plans de retraites qui étaient très, très difficiles sur les parents disons de comment distribuer ça ou partager ça. Nous autres on avait seulement deux garçons. Mon frère avait que deux garçons. Tous les deux s’intéressaient à la ferme. C’était pas tellement compliqué cette affaire-là.

ML : Oui puis ça peut sans doute être très stressant.

HC : Absolument. Absolument très stressant. Nous autres ça été vraiment pas difficile du tout. Un coup que la décision a été faite, on a mis ça en marche. Je veux dire il y a toujours les transactions. Il faut faire des évaluations. Il faut faire les documents légaux. Il faut se préparer avec tout ça, mais je veux dire on avait de l’expérience là-dedans. Ça vraiment pas été non une grosse chose, puis c’était pas comme si on partait à contrecœur. C’est ça qu’on voulait faire. On savait que ça s’en venait un jour ou l’autre.

ML : Est-ce que ç’a été plus facile se départir de cet aspect de l’entreprise parce que vous gardiez quand même votre pied à terre?

HC : Oui. Et puis comme vous voyez, l’entreprise est de l’autre côté du chemin de chez nous. Alors, et puis je travaille pour eux autres à l’automne. Quand je disais de temps en temps les petits vieux qui vont mener les machines pour eux autres là, alors je fais ça à l’automne. Alors j’ai quand même presque deux mois d’ouvrage à l’automne, disons implémenté avec eux autres, impliqué avec autres là-dedans et puis ça me satisfait disons le fermier qui est dans moi.

ML : Oui. Oui c’est bien. Puis au moment de dire : « Bon, on se retire de l’entreprise agricole. », avez-vous rompu avec la Caisse aussi à ce moment-là?

HC : C’était pas mal proche des mêmes années. J’ai pris ma retraite de la Caisse en 2010 quand on a fait la grosse fusion disons de tout le Manitoba. Nous autres dans notre région, on avait déjà fusionné la Caisse de St-Claude et Notre-Dame quelques années avant dont je gérais la région, mais l’autre c’était en 2010. C’est là que j’ai pris ma retraite officielle du mouvement des Caisses. La transition de la ferme ça avait commencé en 2008. On l’a fait en deux étapes et puis le restant a été fini en 2012. Alors c’était pas mal tout en même temps ça.

ML : C’est sûr qu’ayant œuvré pendant des décennies à la Caisse… c’était combien d’années finalement?

HC : Trente-cinq ans.

ML : Trente-cinq ans. Il y a eu beaucoup d’évolution dans le mouvement coopératif aussi que vous avez vu.

HC : Ah oui, c’est sûr, et puis ces changements-là c’est continuel. Je veux dire ça fini pas. Quand on faisait une étape puis on pensait que c’était… on était bien placé pour un nombre d’années, il y a d’autres choses dans l’économie, dans les marchés qui arrivaient qui nous faisait changer d’autres choses. Ça été comme ça presque tout au temps de ma carrière avec les Caisses.

ML : C’est vrai. Parlez-nous un peu des changements technologiques que vous avez vus dans le monde financier disons?

HC : Oui c’est sûr que ç’a changé. Je veux dire du côté dans le monde financier en ’71, je veux dire on faisait tout à la mitaine comme on dit à la main puis tous les calculs et puis tout ça. Et puis après ça, on a vu l’évolution des ordinateurs ont commencé à venir tout doucement, un peu de programmation avec ça puis ça s’est développé puis le monde en général financier alentour de nous autres changeait à la mesure que la technologie devenait de plus en plus développée et puis on était obligé de suivre. Puis c’est une bonne chose qu’on a suivie. Je veux dire, c’était pas des choix là qu’on faisait. Tu suis ou bien donc tu t’enlèves du chemin.

ML : Et en même temps, est-ce qu’on a perdu quelque chose dans une région comme St-Claude… tu sais, cette proximité de notre institution financière?

HC : Ça c’est une question qui est très chargée, là. Est-ce qu’on a perdu de quoi? Bien on a probablement perdu de quoi. Je veux dire, quand on était juste la Caisse de
St-Claude quand j’ai commencé ici, tous les membres du conseil c’était tous des gens de St-Claude, tous les comités, des sous-comités qui avaient là, c’était tous des gens de St-Claude. Alors à la mesure qu’on s’est développée comme ça, quand on a fusionné  pour la Caisse Pembina qui était St-Claude et Notre-Dame, disons la région qui incluait Rathwell, St-Léon, Haywood, c’est sûr que ça dilue peut-être un tout petit peu la représentation, pas régionale, mais locale. Mais je croyais à ce temps-là, puis je le crois encore, que c’était des choses qui ont été nécessaires afin de survivre parce que le monde changeait rapidement. Fin des ’80, début des ’90, où c’est que c’est que par avant si tu demeurais à St-Claude, tu faisais affaire avec ta Caisse point finale. Il y avait pas de question d’aller ailleurs. Alors là on a vu qu’il fallait qu’on se développe parce que nos membres avaient accès à de la finance à bon prix tout aussi bon marché qu’il payait chez nous. Alors il fallait qu’on change nos façons de faire si on voulait continuer. Il faut que tu d’adaptes à ces changements-là.

Chapitre Trois

Deux carrières, deux retraites

ML : Hubert Chappellaz a longtemps mené une double carrière d’agriculteur et de gestionnaire dans le mouvement des Caisses. Qui dit deux carrières dit deux retraites aussi. Hubert nous raconte comment il a vécu cette transition.

HC : Probablement quand j’ai lâché la Caisse en septembre 2010, c’est là qu’il a eu le plus gros changement dedans ma vie parce qu’un jour j’étais au bureau puis le lendemain je l’étais plus. Alors là ça prend un peu plus d’ajustement là parce que tu commences à dire : « Ok. Il faut gérer notre temps différemment. » Il faut trouver, quel est le mot que je cherche, pas de la joie dans la vie ailleurs qu’avec le travail…

ML : Oui, oui. Même un sens d’identité, oui.

HC : Il faut s’identifier avec autre chose que son travail là. D’autres gens diraient peut-être différemment de moi, mais je pense pas que j’étais quelqu’un qui s’identifiait juste comme ça avec mon travail, mais je veux dire c’est certainement important le travail. Le travail est important. Le travail nous avait donné qu’est-ce qu’on a aujourd’hui, puis quand c’est des… quand t’es habitué à aller au boulot tous les jours, ça fait des changements.

ML : Alors y avait-il des projets de retraites, une espèce de liste de choses à faire?

HC : Bien t’as toujours ta liste que tu fais, soit quelque chose que je vais faire quand je vais avoir le temps. Moi je croyais que ça allait me prendre peut-être, j’allais être bon pour six mois avec ça, mais quand t’es habitué à faire des grandes heures de travail puis au bout de deux, trois mois, j’avais tout fini qu’est-ce que je voulais faire, alors là j’ai dit : « Bien là il va falloir qu’on regarde à d’autres choses. » Mais il y a quelqu’un qui m’a donné un bon conseil une fois avant que je prenne ma retraite. Parce que quand j’ai pris ma retraite de la Caisse, j’avais que 57 ans. Il y a un type qui m’a dit : « Trouve-toi une routine de trois, quatre heures par jour. Garde-toi de quoi que tu fais toujours à pas mal aux mêmes heures puis le restant de ton temps va s’organiser. » Et puis il avait raison. J’ai toujours été matinale. Je partais pour aller au bureau à des fois six heures le matin, six heures et demie, j’arrêtais au coin puis je prenais le café avec mes amis, puis après ça je m’en allais au travail. Bien je suis rendu sept, huit ans dans la retraite, huit ans dans la retraite puis je me lève encore à 5 h 30 le matin puis je vais encore boire mon café à six heures avec les autres. On dirait que ça prend une certaine routine, puis à la mesure que les mois passent, les semaines passent, les mois, les années, tu commences à réaliser que tu as besoin de moins en moins de choses pour te tenir occupé. T’es plus flexible à laisser passer certaines choses puis tu te dis : « Ok. Bien ça ça va là. » Puis comme j’ai dit tantôt : « You know, we don’t sweat the small things anymore. »

ML : Ouais. Il y as-tu ce détachement d’être productif à un moment donné?

HC : Oui je pense que oui. Je veux dire on veut toujours rester jusqu’à un certain point… avoir un footprint dans ta communauté jusqu’à un certain point, puis dans le monde des affaires un peu quand t’as toujours été là-dedans puis… mais avec le temps, tu commences à voir que premièrement il y a bien des choses qui commencent à nous dépasser. Déjà dans mes derniers mois à la Caisse avec la fusion qui se préparait puis tout ça, il y avait des choses qui ça me dépassait déjà. Peut-être un peu par manque d’intérêt parce que je m’en allais à la retraite. Du côté agricole, je me vois tous les fois que je va à la ferme, je veux dire, il y a de l’équipement là que je suis plus capable de mener.

ML : C’est ‘ti vrai?

HC : C’est tous des ordinateurs et puis je veux dire la technologie, le auto-steer qui mène les machines toutes seules, ces choses-là, je veux dire, ça me dépasse. Je reviens à la maison des fois le soir puis Liliane me dit : « Est-ce que tu manques ça? Tu voudrais-tu encore être parti de ça tu sais à plein temps? » Je dis : « Non. » Je suis content d’y aller. J’aime ça voir qu’est-ce qui se passe. J’aime revenir chez moi le soir puis pas être obligé de m’inquiéter de rien de ça. 

ML : La retraite, c’est aussi retrouver une nouvelle façon de voir la vie de couple. Liliane est déjà à la retraite? Vous passez beaucoup de temps ensemble à la maison. Comment ça se passe ça?

HC : Comme je disais tantôt, les premiers mois j’étais occupé quand même puis Liliane était déjà à la retraite depuis une couple d’années alors elle avait déjà sa routine de retraitée. C’est une personne qui se tient occupée du matin au soir et puis il faut que tu gardes ton petit coin de ta vie là, tu sais. Il faut quand même se donner un peu d’espace, disons.

ML : Oui.

HC :  Et puis parce qu’on a toujours eu énormément d’intérêts en commun. On continue à en avoir encore. Ça fait 45 ans qu’on est marié. Il faut qu’il y ait quelque chose qui a marché là et puis on a chacun nos intérêts individuels et puis… Oui alors, oui, c’est un changement parce qu’on passe énormément de temps ensemble qu’on faisait pas avant, mais on a développé des choses qu’on aime bien faire ensemble. On a des couples avec qui on fait beaucoup social. On sort beaucoup. On va beaucoup souper ensemble. On aime aller aux vues. On fait ça à presque tous les fins de semaine avec des amis et tout ça. Tu développes un autre, pas un autre vie, mais tu développes un autre…

ML : Réseau, finalement. Oui.

HC : Oui, oui. Un autre réseau… tu sais, puis ça ça te satisfait, disons. Ça remplace le travail, qu’est-ce que le travail te donnait. Puis avec nos petits-enfants aussi, on fait énormément avec eux autres. On dit jamais non à une invitation d’aller… Ils sont impliqués dans les sports. On les suit partout puis… alors c’est… la vie se remplit.

ML : Et le voyage?

HC : Oui. On voyage pas mal. On fait au moins… on essaie de faire deux voyages majeurs par année, puis quand je dis majeurs, c’est trois semaines, un mois à la fois, là. On a été en Europe ce printemps. On a passé trois semaines en France et en Suisse avec des amis. Quand j’ai pris ma retraite, on s’est mis à faire des croisières. On a fait, je crois que c’est quatre ou cinq ans de files… des hivers de files… de croisières, alors ça on aimait bien ça aussi. Après ça, on a dit :  « C’est le temps de faire d’autres choses un peu. » Alors on s’est mis à faire des tournées en autobus. Comme à l’hiver, on se rendait dans le sud puis on embarquait avec une compagnie du sud, des États je devrais dire quand je dis au sud, et puis là on rencontrait toutes sortes de gens. On aimait aller sur des excursions où c’est que c’est qu’il y avait des gens… Une des compagnies qu’on a voyagé avec pas mal avait beaucoup de gens. Ils amenaient beaucoup de gens de l’Europe, de l’Angleterre, de l’Australie. On a rencontré des gens en voyage qu’on a depuis ce temps-là refait d’autres voyages avec.

ML : Ah!

HC : On se tient en communication, puis oui… Alors le voyage c’est important pour nous autres. Puis après ça on fait quelques petites vacances au courant de l’été aussi là tu sais, mais on fait deux grosses vacances par année à peu près là je dirais.

Chapitre Quatre

« Il faut pas avoir peur de la retraite »

Notre invité Hubert Chappellaz, un jeune retraité dans la soixantaine de St-Claude, Manitoba mène une vie très active. Alors comment voit-il le vieillissement?

HC : Pour moi toujours, je veux dire c’est pas quelque chose qui… c’est pas quelque chose que j’essaie de résister. J’ai l’âge que j’ai puis c’est tout. J’avais vu une fois écrit, ça disait : « La première chose à faire en vieillissant c’était d’accepter qu’on vieillit. » Je veux dire… et puis un coup que tu as accepté ça que t’as plus 20 ans là, tu sais… Quand j’étais jeune, je jouais beaucoup au hockey… j’ai joué beaucoup au hockey puis j’ai vu de bonne heure dans ma vie, disons quand j’étais dans ma trentaine, 35, 36 ans disons que je jouais avec des jeunes d’une vingtaine d’années et puis déjà à ce temps-là… Là je commençais à me sentir vieux là avec ces jeunes-là puis tu te dis : « Bien moi je dirais c’est juste une étape dans ta vie et puis tu continues. » Parce que la retraite nous a ouvert toutes sortes de possibilités, toutes sortes de portes qu’on avait pas pendant qu’on travaillait. Alors non, ça nous fait pas peur du tout. Ça me fait pas peur de vieillir. La santé est bonne. Vous avez vu mon épouse. Je veux dire, elle est en très bonne forme et puis elle se tient occupée puis toute ça. Je veux dire on a tous des petits bobos temps en temps là je veux dire. C’est sûr on a plus 20 ans, mais ça fait rien je veux dire. Et puis moi aussi je suis en bonne forme. Je suis chanceux, alors non ça va très bien. On sait pas qu’est-ce qui nous attend, mais en attendant, on va s’amuser.

ML : Est-ce qu’on pense à la mort? Est-ce que c’est…?

HC : Non, mais disons que… disons entre moi puis mon épouse, on s’assit pas là puis on parle pas de la mort là. Non. Je veux dire, on voit qu’est-ce que les gens… Moi comme j’ai dit tantôt, mon père est mort, j’étais tout jeune. Ma mère est décédée en 2000. Elle avait 78 ans, alors je veux dire, je l’ai vu elle vieillir et malgré qu’elle est pas morte tellement vieille, mais ça fait rien. J’ai vu qu’est-ce que la maladie peut faire à une personne. Liliane, elle a perdu son père en 2001 je crois, puis sa mère vit encore. On vient de la fêter en fin de semaine passée. Elle a 88. Sa grand-mère a été jusqu’à deux semaines de 100 ans, alors je pense pas… On s’arrête pas, disons pour jongler à la mort là. On vit pendant qu’on vit et puis quand ça viendra, ça viendra. On prendra comme ça vient.

ML : Comme c’est là, vous êtes sur la ferme toujours. C’est un peu le statu quo finalement. Avez-vous déjà songé à ce que ça va être dans 10, 15, 20 ans?

HC : Ah oui. Chaque fois qu’on fait un projet sur notre maison, disons par exemple, on rigole de ça, mais on dit toujours aux gens qui viennent faire du travail chez nous :
« Bien d’abord que c’est assez bon pour nous amener jusqu’à 80. » Alors il y avait un temps qu’on disait quand on avait 60, on disait : « D’abord que ça dure 20 ans. » Là maintenant on est rendu : « Mais d’abord que ça dure 15 ans. » On espèrerait, si la santé nous permet, de rester où ce qu’on est peut-être jusqu’à vers un autre 15 ans jusqu’à tant qu’on a peut-être 80 et puis là après ça, il faudra qu’on fait des décisions. Soit qu’on s’en va dans les maisons 55 plus disons à St-Claude ou ailleurs. Je le sais pas où c’est que ça sera, mais oui… Ça ça nous inquiète pas, non plus. Je veux dire, c’est sûr que ça serait inquiétant si un des deux tombe malade et puis se retrouve, tu sais, hospitalisé à long terme ou être obligé de demeurer dans le personal care home disons ici à St-Claude. Bien ça ça sera vraiment un changement.  Mais pour moi toujours bien, je m’arrête pas pour y penser. Je veux dire c’est de quoi qu’on… si jamais ça vient, j’espère que non, mais en tout cas, we’ll deal with it.

ML : Oui puis le but c’est toujours de rester dans la région de St-Claude rendu ici.

HC : Oui. Je pense que oui malgré que… comme je disais que nos enfants, nos petits-enfants sont à Portage maintenant. On a un garçon qui est à Winnipeg. Eux autres reviendront jamais dans la région de St-Claude maintenant. Ils sont établis où ce qu’ils sont. Ça se pourrait qu’un jour, on se retrouve ailleurs là tu sais, mais j’ai de la misère à voir ça là, je veux dire. Ça serait vraiment un gros changement. Ça ça serait le gros changement dans notre vie s’il faudra qu’on part de la région.

ML : Hum, hum. Qu’est-ce que vous diriez aux gens qui considèrent la retraite ou qui ont pas trop pensé. Avez-vous un conseil à leur donner?

HC : Bien premièrement, je dis à de mes amis, bien, il y en a moins qui travaillent maintenant, mais je dis à mes amis, je leur ai dit: « ll faut pas avoir peur de la retraite. » J’ai hésité un peu moi à 57 ans, mais les circonstances étaient telles que je devais partir et puis j’étais pas pour aller trouver un autre emploi à cet âge là. Avec mon background disons en finance, je dis aux gens : « Bien, préparez-vous. Il faut être prêt. » Parce que c’est beau avoir toutes sortes d’idées, toutes sortes de projets qu’on veut faire tout ça, mais il faut que tu puisses te le payer. Alors je leur dis : « Faites sûrs d’être prêts financièrement. » C’est une grosse étape, bien pour moi toujours, bien pour nous autres. Le jour qu’on a pu dire : « Ok. On prend notre retraite parce qu’on est capable de le faire maintenant. » Je dis aux gens : « Il faut pas avoir peur de la retraite. » Il y en a qui dise ça : « Mais oui, mais j’ai jamais rien fait d’autre. C’est toute ma vie. » Puis je dis : « Oui, mais il y a d’autres choses que tu peux faire. Ça sera encore ta vie à toi, mais elle va être un peu différent tu sais. » Et puis, il faut pas avoir peur d’essayer des nouvelles choses. Et puis la retraite, je me gêne pas de le dire, it’s a pretty sweet gig. Je veux dire ça te donne toutes sortes de flexibilités que t’avais pas avant.

ML : En terminant, j’aimerais vous poser quelques petites questions à rafale. Routine ou spontanéité?

HC : Spontanéité.

ML : Lève tôt ou oiseau de nuit?

HC : Lève tôt.

ML : Paysage déjà connu ou nouveaux horizons?

HC : Les deux. Les deux. J’aime découvrir des nouveaux paysages, des nouvelles places. On aime retourner à des fois où ce qu’on a déjà passé.

ML : La retraite est-ce une destination ou un voyage?

HC : Ah, c’est un voyage.

ML : L’aspect le plus plaisant de la retraite c’est…?

HC : De plus ou moins pouvoir faire qu’est-ce que je veux quand je veux le faire.

ML : Et son aspect le plus difficile?

HC : Bien là tu me poses une bonne question. L’aspect le plus difficile de la retraite? Vraiment j’ai de la difficulté à en trouver jusqu’à maintenant. Je pense pas qu’il y a eu grand-chose de bien difficile chez nous.

ML : Bien c’est merveilleux! Et finalement, la retraite c’est…?

HC : C’est tourner la page. Le livre est pas fini. On continue à l’écrire.

ML : Bien je souhaite de beaux chapitres à venir pour vous, pour Liliane, pour toute votre famille. Merci beaucoup de nous avoir accueillis aujourd’hui.

HC : Ah, ça m’a fait plaisir. Merci Monique.

ML : C’était un épisode de la Balado – Le temps de vivre avec Hubert Chappellaz. Cette série est produite par la Fédération des aînés franco-manitobains et a été rendue possible grâce à l’appui financier du Gouvernement du Canada. Je vous laisse avec une citation de l’auteur Marcel Proust qui a dit : « Le véritable voyage de découvertes ne consiste pas à chercher de nouvelles terres, mais à voir avec de nouveaux yeux. » Ici Monique LaCoste. Merci de votre écoute. D’ici la prochaine fois, je vous souhaite un beau voyage.

La série balado Le temps de vivre est produite par la Fédération des aînés de la francophonie manitobaine et a été rendue possible grâce à l’appui financier du gouvernement du Canada.